Mon BABI

“Voilà. Il m’aura fallu 2 ans. 2 longues années pour enfin accepter et réussir à dire « Oui, mon fils est un BABI ». La première fois que j’y ai pensé, il devait avoir 5 ou 6 mois. Et puis j’ai enfoui cette pensée bien profond, en me disant qu’on ne pouvait pas ranger les gens dans des cases, et encore moins les bébés.

J’ai mis 2 ans avant d’accepter et de prononcer ces mots, non pas parce que c’est une tare. Non. Mais parce qu’accepter que son enfant soit un BABI, c’est admettre – pour moi – qu’on ne pourra jamais lui donner entière satisfaction, qu’on ne pourra jamais combler ce vide. 

Un BABI, c’est quoi ? C’est un Bébé Aux Besoins Intenses. J’aime pas trop cette appellation car tous les enfants ont des besoins, plus ou moins intenses. Pour moi, un BABI, c’est un bébé intense, tout court.

C’est un bébé dont le réservoir affectif n’est jamais rempli, quoique tu fasses. C’est un bébé qui ne se repose pas, jamais. C’est un bébé qui ne dort pas, sauf peut-être un peu sur toi. C’est un bébé qui a besoin de toi, TOUT LE TEMPS. 

C’est un bébé qui panique quand tu le poses dans la pièce et que tu vas dans la cuisine préparer le dîner du soir. C’est un bébé qui hurle quand tu as l’outrecuidance de le coucher dans son lit.

C’est un bébé qui fait ses nuits à 2 ans, 3 ans, 5 ans… C’est un bébé qui s’endort tous les soirs sur toi. C’est un bébé qui entre dans une colère noire quand tu lui expliques qu’il a un frère, qui a aussi besoin de toi. C’est un bébé qui se vexe quand il se cogne ou quand il fait tomber un jouet, et qui se jette par terre comme si c’était la fin du monde. C’est un bébé qui est capable de pleurer une heure, deux heures, et peut-être plus, s’il n’a pas le contact dont il a besoin. C’est un bébé qui ne veut que les bras mais qui n’est PAS câlin. C’est un bébé tourmenté.

C’est un bébé que tu regardes parfois en te disant « SERIOUSLY ?! » tant tu restes désemparée face à ses réactions. C’est un bébé que tu regardes aussi parfois en pleurant, en te demandant comment faire pour le rendre heureux. C’est un bébé avec qui rien n’est fluide, rien n’est acquis, rien n’est écrit. 

Pour une Maman, un BABI c’est l’impression de ne jamais être à la hauteur. C’est l’accumulation de nuit hachées voire blanches. C’est l’impression de donner, donner, donner sans que tout ce qu’on donne ne soit jamais suffisant. C’est porter des heures, parfois jusqu’à en avoir mal, parfois jusqu’aux larmes, juste pour que bébé s’abandonne enfin et se repose. C’est rester plusieurs jours sans se laver parce qu’on a le cœur brisé de l’entendre pleurer le peu de temps qu’on passe sous la douche. C’est avoir honte en société, et faire semblant de sourire quand les gens disent « Oh mais quel caractère bien trempé, dites-donc ! ». 

Avoir un BABI, c’est se demander un nombre incalculable de fois ce qu’on fait mal. 

Avoir un BABI, c’est repousser constamment ses limites, jour après jour.

J’écris ces mots sans jugement, sans arrière-pensée. Ce n’est pas un texte « à charge ». C’est un constat. C’est comme ça. On est intense ou on ne l’est pas. 

Ma chance dans toute cette histoire, c’est que je suis une AABI, adulte aux besoins intenses, une hypersensible si tu préfères. Mes colères sont noires, ma tristesse infinie, mes joies explosives. Je vis chaque émotion sans filtre, comme si c’était la première et la dernière. INTENSE. C’est épuisant. Mais je n’y peux rien, c’est la vie, c’est ma vie. Avec le temps, j’apprivoise ce caractère et je parviens à mettre une petite, toute petite distance entre mes émotions et moi, entre les émotions de mon BABI et moi.

Intense. Il est intense. Je ne parviendrai jamais à le combler, c’est comme ça. Je continuerai d’essayer pourtant. Parce que c’est ce que font les mères. Elles font tout, elles donnent tout. Elles restent là, dans le calme, dans la tempête, dans la joie, dans le désarroi. Je suis là. Je flanche, je tombe, je me relève. 

Avoir un BABI, c’est aussi se découvrir une force insoupçonnée. Avoir un BABI, c’est apprendre de soi autant que de son enfant. Avoir un BABI, c’est peut-être une de mes plus grandes fiertés, finalement.”

Delphine, maman de 2 garçons (2ans et demi & 13 mois).

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