Arrêtons de dire aux enfants “t’es pas gentil”

Une phrase qui m’a particulièrement marquée, étant petite. Ma famille parlait de moi à mes frères et soeurs en disant “elle est méchante, ne l’écoutez pas”. C’est vrai que je me battais beaucoup et, souvent, avec mes frères, que je les mordais, griffais…jusqu’à ce que je me rende compte vers 6-7ans que je leur faisais du mal; dès lors, je me suis mordue moi. En fait, j’étais emplie de colère, ça en devenait incontrôlable, insoutenable et, ça devait sortir.

 

Les neurosciences ont fait beaucoup de progrès à ces sujets là. Je me rappelle de la première fois où j’en ai entendu parlé; c’était à une conférence TEDxChampsElysées Education, il y a 2ans. Une scientifique expliquait que notre erreur est souvent d’attendre d’un enfant tel qu’on l’attendrait d’un adulte. Or, son cerveau est encore immature et toutes les connections ne sont pas encore faites ! Elles se font très tard !

Celine Alvarez, dans son livre “Les lois naturelles de l’enfant” nous en parle : l’être humain est la seule espèce qui vient au monde avec un cerveau “non fini”. Cela lui permet de s’adapter au mieux à son environnement, d’apprendre encore et d’approfondir ses connaissances. Le cerveau de l’homme est muable et non figé. C’est une grande chance ! Mais qui peut vite virer au drame si l’on n’en prend pas conscience.

On sait maintenant que l’enfant ne sait pas gérer ses émotions, qu’il est une boule à émotion, qu’il ne comprend pas ce qu’elles sont et qu’il faut l’accompagner dans cette maîtrise, en mettant des mots dessus par exemple, en désignant un “coussin colère” qu’il peut mordre, déchirer ou frapper quand il en ressent le besoin.

La crèche de notre fille a eu une super démarche  vis à vis de cela. Tous les parents ont été conviés à une réunion d’information concernant la violence chez l’enfant, justement, pour nous y éduquer et, palier aux mauvaises habitudes trop souvent inscrites, notamment chez les générations passées. Non, un enfant ne fait pas de caprice.

Etant petite, ma mère disait souvent que j’étais capricieuse. C’est vrai, je pleurais beaucoup, et, quand j’étais frustrée, surtout. Mais je n’ai jamais compris pourquoi elle disais ça car au fond de moi je ressentais vraiment une profonde tristesse ! C’est cette sensation qui faisait arriver les larme et non le fait de vouloir l’objet en question ! Dès lors, en grandissant, je me suis naturellement dit “mais pourquoi un enfant ferait-il des caprices? Quel intérêt?” Moi, à travers l’objet désiré, je cherchais surtout l’amour de ma mère; quand on comprends cela, ce n’est plus un caprice, n’est ce pas ?

 

“Beaucoup d’adultes ne parviennent pas à gérer leurs propres colères et ne sont pourtant pas étiquetés de « capricieux » ou « colériques ». Alors, pourquoi prêter des intentions de la sorte à des enfants dont le cerveau est en pleine construction et par conséquent immature et fragile ?” JF Belmonte, “La colère n’est pas un caprice”

Dans son livre « Regarder l’enfant comme un Être en devenir », Estelle Piffre cite Catherine Gueguen à ce sujet :

« Nombre de parents se plaignent que leur enfant de 3 ans fait des caprices dans les magasins, hurle et se roule pas terre. Mais c’est normal à cet âge ! La partie du cortex qui contrôle nos impulsions ne commence à mûrir qu’entre 5 et 7 ans. En dessous de 5 ans, le cerveau archaïque et émotionnel domine et l’enfant se contrôle difficilement. Il ne s’agit ni d’un caprice, ni d’un trouble pathologique du développement. »

 

Alors, suffit les “laisse le crier, ça lui fait la voix” ou encore les “oh tu peux le laisser pleurer un peu, si tu accoures à chaque fois il va s’y habituer et tu seras son esclave !” Nous n’avons jamais compris ces remarques avec mon mari. Nous partons du fait que, si nous faisons des enfants, c’est d’abord à nous de nous caler sur leur rythme et non le contraire. Ils ne sont pas “une contrainte”, on leur a donné la vie, à nous de les accompagner dedans ! Ils ne sont pas autonomes et nous nous devons de leur montrer le chemin, leur tenir la main, les élever. Et les élever on seulement dans le sens “éduquer”, mais aussi “élever” en hauteur, pour faire d’eux les meilleurs qu’ils puissent être. Sans nous projeter à travers eux, en respectant leurs choix différents aussi, en tant qu’individus uniques.

Je traine depuis des années (depuis toute ma vie en fait) une énorme peur de l’abandon et, j’ai une petite idée d’où elle peut provenir. En effet, si l’enfant n’est pas rassuré par ses parents (ou ses êtres les plus proches), il va toujours avoir peur ! Il ne sait pas raisonner comme un adulte ! Il va justement se dire “rien ne sert de pleurer, personne ne viendra” et creuser une angoisse.

 

“Quand on ne répond pas aux besoins émotionnels de l’enfant, cela génère du stress et des troubles du comportement (agitation, anxiété, déprime) et cela fabrique des adultes qui ne sauront jamais gérer leurs émotions.” Catherine Guegen, pédiatre, qui, formée à l’haptonomie et à la Communication Non Violente (CNV), a fait découvrir au grand public, grâce à deux livres à la fois accessibles et savants, les notions de bienveillance, d’empathie .

 

Dans “Le pouvoir des bébés” de Daniel Rousseau, l’auteur, à travers les différents récits de bébés placés en foyer avant d’être en famille d’accueil, explique bien cela. Les bébés cherchent quelqu’un qui peut prendre soin d’eux, les rassurer. On pourrait penser quel va forcément se tourner vers ses parents, mais quand eux là ne sont pas capable d’en prendre soin pour quelques raisons que ce soit, quand ils ne peuvent pas se “connecter” à leur bébé, le bébé va chercher, tel une borne wifi, un “appareil” qui lui peut le capter. Si le bébé reste seul, dans un environnement où on ne prend pas en compte ses émotions, ses besoins, il se taira, se laissera mourir, ou, ne se développera pas comme “il faut”.

J’étais une enfant dite “timide”, qui n’avais pas d’amis à l’école jusqu’à la dernière classe de maternelle. Je tirais la tronche sur les photos et, j’ai le souvenir d’une maison sombre et vide. Je ne veux pas que mes enfants vivent cela. C’est si simple. Les mamans doivent suivre leur instinct, la nature est bien faite. Si les pleurs d’un bébé nous sont insupportables, c’est bien pour une raison non ?

Je peux vous assurer, que ma fille, je l’ai portée non stop durant ses premiers mois de vie, fait du co-dodo (carrément la laisser dormir sur moi en fait) pour qu’elle dorme la journée, voire la nuit parfois, bercée 20 minutes avant chaque siestes pendant des mois, répondu à chaque pleurs en la rassurant, je lui ai toujours dit “au revoir, à tout à l’heure, je reviens dans tant de temps et intel va s’occuper de toi en attendant” à chaque fois où je devais faire une course sans elle, etc.

Maintenant, elle a 11 mois, tout le monde continue de nous dire qu’elle est exceptionnellement sage, qu’elle fait sa petite vie (à la crèche), qu’elle est très éveillée, et non capricieuses ou je n’sais quoi d’autre.

Le texte de Floriane, Le Mythe des Mauvaises Habitudes est très parlant à ce sujet.

 

Alors non, l’éducation positive n’est pas un mythe, une nouvelle lubie ou mode, et, nous avons encore beaucoup de progrès à faire à ce niveau là, mais, petit à petit, nous construisons des générations meilleures, plus altruistes, plus épanouies et, moins malades. Le monde appartient à nos enfants, donnons leur alors toutes les chances de le vivre pleinement. La bienveillance en est l’ingrédient clef.

 

Bibliographie

Comprendre les mécanismes chez l’enfant

Le Pouvoir des Bébés, de Daniel Rousseau, collection Poches Marabout

Les lois naturelles de l’enfant, Céline Alvarez, les arènes 

 

Elever son enfant avec bienveillance

Appliquer la pensée Montessori chez soi, d’Emmanuelle Opezzo, Poche Marabout

 

Une pratique facile au quotidien

Maman et Bébé zen, de Gilles Diederichs & Olivia Hurtebize, Larousse

121 Astuces de sophrologie & autres petits bonheurs, éditions Le Soufle d’Or

 

Apprendre à canaliser les émotions de l’enfant

Martin le lapin a trop de choses dans la tête ! Louison Niellant & Thierry Manes, éditions Fleurus 

Mon temps calme avec Noah le panda, Louison Niellant & Thierry Manes, éditions Fleurus 

 

Comments · 2

  1. Tellement vrai! J aime tellement ta façon de penser et je la partage! J ai beaucoup de mal à voir pleurer mon fils etbje me prends pleins de réflexion mais je répond toujours que je n ai pas fait un enfant pour ne pas répondre à ses besoins! C est vrai je suis fusionelle avec mon fils mais je ne me vois pas faire autrement .
    Perso je n ai jamais eu confiance en moi et la peur de l abandon m a longtemps rongé de l intérieur et meme encore maintenant lorsque je fais ou vie un truc je cherche encore l approbation et la reconnaissance des gens car j en ai besoin.
    Et je ne souhaite vraiment pas ca pour mon fils! Je veux qu il soit un enfant puis un jeune homme solide et qu il ait confiance en la vie.

    1. Tout à fait d’accord avec toi ! Merci de ce partage. Je suis en train de lire “Cool Parents Make Happy Kids” en ce moment. L’auteure précise qu’elle ne remet pas en cause l’ancienne éducation mais que la plupart des personnes de sa génération (qui en ont donc bénéficié) ont en eux ce manque de confiance en soi plus ou moins prononcé. J’ai une peur de l’abandon très prononcée depuis toute petite que je traine comme une vieille valise avec moi, que je vide au fur et à mesure; c’est certain que sans ce bagage on va beaucoup plus vite et efficacement dans la vie ! Je suis heureuse de voir que notre génération en a pris conscience pour celle qui va prendre le relais !

Leave a Reply

*