Être maman, ça change quoi?

” Etre maman, ça change quoi ? Son rapport aux autres, à soi, au monde, aux choses, à l’avenir.

Etre maman, socialement, ça change la donne. Avant, j’étais une fringante jeune femme, guide-conférencière en reconversion, joyeuse petite étudiante infirmière. Maintenant, ça paraît bien plus grave, je suis étudiante infirmière en report d’année pour m’occuper de mon bébé. Ce n’est plus seulement vu comme un acte léger, c’est devenu quelque chose à ne surtout pas rater, il faut valider ce diplôme ! Dans le regard des gens, c’est un peu comme si l’avenir du monde se jouait (en fait, j’ai toujours mes diplômes dans le tourisme, je ne les ai pas donnés à l’équipe médicale en échange de ma fille).

 

Avant, il m’arrivait de sortir, de faire la fête, d’aller voir des amis.

Maintenant, je ne suis plus invitée et, passées les premières semaines, plus personne n’a vraiment l’idée de passer nous voir, d’ailleurs peu pensent à prendre des nouvelles régulières. Dans le meilleur des cas je découvre les soirées passées sur Facebook et je sors par procuration en voyant les reportages photos. J’ai toujours l’option de m’incruster, bien sûr, en précisant à mes potes que « eh oh, j’existe encore ! » mais ça nécessiterait un réseau d’espionnage et de veille constante sur les réseaux sociaux, je ne suis pas sûre qu’une jeune maman puisse avoir le temps et l’énergie pour raisonnablement se permettre d’enquêter efficacement (et là, je rejoins le regard des gens évoqué plus haut, si je ne m’étais pas lancée dans une reconversion professionnelle, j’aurais sans doute les moyens de me payer les services d’un détective privé. Tant pis pour moi !). Heureusement, ces états de fait finiront par s’estomper et je retrouverai une vie sociale riche, un peu différente, avec d’autres personnes, en gardant tout de même les plus proches amis dans mon cercle social, c’est un petit deuil à faire mais tout sera très bien aussi. Je le sais parce que malgré le fait que ma fille ait 6 mois, je commence déjà à rencontrer ces nouvelles personnes qui en sont au même stade de leur vie (comprendre : qui ont elles aussi un bébé, ou deux, ou trois, greffés au bout des bras H24). Et si je peux partir trois jours en week end en laissant ma fille chez mes beaux parents, j’ai largement les moyens de la laisser le temps d’une soirée ou d’un après midi shopping.

 

Mon rapport à moi a peut-être été le moins visible, mais il est tellement important ! Avant, je détestais mes défauts, ils étaient l’héritage du hasard et d’une adolescence mal vécue. Aujourd’hui, quand je vois ma cellulite, mes quelques vergetures, mes petites rondeurs, je me dis que c’est l’héritage de ma grossesse. J’ai mis au monde une magnifique petite fille et mon corps en a été marqué. Et bah je ne m’en sors plutôt pas mal.

 

Quant à Monsieur le papa, nous nous aimons encore plus fort. Bien sûr qu’il nous a fallu rééquilibrer notre relation, un bébé change l’harmonie d’un couple, d’une famille. Maintenant que c’est fait, c’est un peu comme si nous avions traversé la Manche à la nage : il ne m’a pas laissée à la ramasse, il ne m’a pas laissée me noyer. Je m’assume bien mieux et c’est vraiment bénéfique sur notre relation.

 

Mon rapport au monde, aux choses, à l’avenir, tout a changé aussi de ce côté-là. Je suis passée d’un avenir qui considérait une dizaine d’année à un avenir qui s’étale sur des centaines d’années. J’ai mis au monde une petite fille, qui elle-même mettra peut-être au monde des petits humains, et je me dois de considérer l’avenir de la terre.

Je suis devenue écolo en neuf mois.

C’est loin d’être parfait, mais c’est assez extraordinaire de voir qu’il suffit de si peu d’efforts pour réduire son impact sur notre belle planète. Cette urgence environnementale qu’on me martelait n’avait pas encore réussi à vraiment m’intéresser, avec la naissance de ma fille elle m’a frappée en pleine face. Et qu’importe le regard des autres, on fait nos petits efforts, à notre rythme, pas à pas. Bien sûr, ce changement là a un lien avec le fait que notre vie sociale se modifie. Je conçois qu’on puisse ne pas me reconnaître, un bébé et une conscience écolo, ça vous change une femme ! (et un homme, n’en doutez pas.)

 

Et finalement, le plus marquant, c’est qu’un bébé vous forge le caractère, il vous apprend à vous affirmer, mais aussi à laisser passer. Les mille conseils bienveillants (ou non) de l’entourage (ou même d’inconnus), les critiques, les jugements, les étonnements, j’apprends à tout laisser couler. Je me suis même surprise à dire « oui le portage rendra ma fille capricieuse, oui l’allaitement l’affame, oui les couches lavables c’est arriéré, et oui je devrais la laisser pleurer » pour me débarrasser plus rapidement de quelqu’un. J’apprends à entendre sans sourciller que ma fille est bien plus sage avec les autres qu’avec moi, que je m’y prends sûrement mal (en fait, elle est très sage avec moi, peut-être que ça aide à sourire de ces propos déplacés) etc. Un bébé, c’est le paradoxe entre « c’est ton enfant, tu fais ce que tu veux » et le fait que la société entière semble se sentir légitime à distiller ses conseils. Et parfois, je pète une petite durite, ça me vient sans crier gare et la personne qui ose aller vraiment trop loin s’en prend plein la tronche. Oui parce que bon, laisser passer c’est une chose, se laisser carrément marcher dessus en est une autre. Donc je laisse couler mais je fais bien comme je veux, j’écoute mon instinct de mère, j’écoute mon bébé, parfois je me plante, je rectifie, mais au final je fais de mon mieux. Et quelque chose me dit quand je vois les beaux yeux rieurs de ma fille que je suis sur le droit chemin.
Mais ne vous y trompez pas, ce n’est pas parce qu’on change son rapport au reste du monde qu’on n’est plus la même personne dans le fond.

 

J’ai simplement l’impression d’être devenue meilleure, plus adulte, plus posée, plus clairvoyante. Et je pense pouvoir dire sans trop me tromper que ma fille est le plus beau cadeau que l’univers m’ait fait. "

 

Marine

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