Quand le rêve vire au cauchemar

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Photo by Alex Hockett on Unsplash 

 

” En Mai 2016, j’ai appris que j’étais enceinte. Un petit choc, ce n’était pas prévu, pas tout à fait. Nous avions prévu de commencer les essais bébés quand Papa aurait terminé la période d’essai de son nouveau contrat (3 mois après). Finalement, bébé s’est installé un tout petit peu plus tôt ; on l’a accepté et tout de suite aimé ! Nous avions décidé de ne pas connaitre le sexe, surtout moi, je voulais la surprise (même si on avait une préférence pour une fille !).

La grossesse a été difficile pour moi. Je crois faire parti des femmes qui n’aiment pas être enceinte en fin de compte ! Je faisais beaucoup de sport avant, et là, dès le premier trimestre déjà, j’avais de gros saignement. Un hématome : on me dit d’arrêter le sport, de ne plus prendre les transports en commun ni la voiture. Je me retrouve en arrêt maladie seule à la maison, de 7h à 20h et les journées sont extrêmement longues… Rythmée par les nausées, bien entendu !

Arrive le second trimestre : le 5ème mois plus précisément. Lors de ma visite chez la sage-femme, gros coup de stress ; j’ai pris 5kg en un mois ! On m’envoie faire une prise de sang pour vérifier le diabète qui se révèlera positif. Je faisais pourtant déjà attention à mon alimentation ; la nutritionniste ne savait pas trop quoi changer à mes habitudes alimentaires. On me propose alors de remplacer la baguette par du pain complet pour voir, et si ça ne va pas, on passe à l’insuline. OUF le pain complet deviendra mon meilleur ami jusqu’à la fin de la grossesse.

Le 9 Janvier 2017, je me réveille et je le sens, c’est pour aujourd’hui. J’avais l’impression d’une lourdeur dans le dos, rien de comparable avec les précédentes douleurs. La journée passe tranquillement et vers 17h arrive les premières contractions. A 19h30 elles étaient régulières, toutes les 5 min, c’est parti, direction la maternité. Une fois sur place on m’examine : Col fermé, bébé encore très haut qui n’appuie pas sur le col. On me renvoi chez moi, malgré les contractions régulières, pour eux, c’est un faux travail. Nous rentrons donc à la maison vers 23h avec pour ordre de prendre un bain pour me détendre et essayer de dormir. Demain, 10 Janvier 2017 est le jour du terme ; je dois retourner à la maternité pour un déclenchement.

Oui mais ! Bébé n’en a pas terminé, la poche des eaux se rompt vers 6h du matin, dans le lit. On aurait pu me suivre à la trace jusqu’au toilette. Glamour.
On file à la maternité, on m’examine : « On va faire un prélèvement voir si c’est bien du liquide amniotique ». « Vous êtes sûr que la poche a rompu car le test est négatif » « On va refaire le test, ah oui c’est positif » … Déjà on m’avait renvoyé chez moi, ensuite j’ai le droit à un faux négatif. Cette journée, je la sens mal. Le col est ouvert à 1, je dois attendre 8h du matin le médecin qui va décider si on déclenche ou pas car bébé n’est toujours pas descendu, ce qui ne va pas aider le col à travailler.

On m’emmène dans une chambre, ils sont bien obligés de me garder cette fois ! La sage-femme revient me voir 1h après, le col est à 2 « Ouah super on n’aura surement pas besoin de déclencher ! Ça vous dirait de prendre un bain pour aider le travail et soulager la douleur ?! ». Oh que oui ! Enfin une bonne nouvelle ! La sage-femme revient me voir « euh il y a déjà quelqu’un dans le bain apparemment, je vais vérifier et je reviens vous dire… ». Cette journée va être très longue … !

Finalement, j’ai le droit à mon bain ! Le soulagement ! On m’installe, on fait couler l’eau. La sage-femme s’en va et revient 10 minutes après « On vient d’avoir les résultats de votre liquide amniotique, il y a une bactérie qui est à la limite au niveau du taux… il faut sortir du bain pour pas que ça ne prolifère… ». Je sais que j’ai la poisse, tous le temps, mais sérieusement je ne peux pas avoir un peu de répit le jour J !!!

On me fait sortir du bain, après examen, le col est ouvert à 3 « On va enfin pouvoir mettre la péridurale si ça vous intéresse ?! ». Je ne voulais pas, mais il était maintenant un peu plus de 13h et je gérais les contractions depuis la vieille au soir toutes les 5 minutes. Et je le sentais, ça n’allait pas, jamais, il y avait toujours quelque chose. « Ok oui je veux bien la péridurale !! ».  La sage-femme me répond « Je dois prendre votre température d’abord, s’il y en a, on ne peut pas la faire ». Ok… « Bon, la température est un peu trop haute… soit c’est à cause du bain, soit à cause de la bactérie et dans ce cas on pourra pas la faire…je reviens dans une heure pour voir si la température baisse ». Je le savais, rien ne va…

La sage-femme revient, elle m’examine « La température à baissé ! On va pouvoir faire la péridurale ! ». AMEN ! L’anesthésiste arrive et fait le boulot, instantanément les douleurs disparaissent, le soulagement et en même temps la déception de ne pas avoir tenu bon… J’envoie papa manger un morceau, le pauvre il est KO, ça lui fera pas de mal ! Moi je vais essayer de dormir un peu… ou pas.

Il est maintenant 14h40 environ, la sage-femme revient en même temps que mon homme. Elle m’examine à nouveau, col ouvert à 4 ! Elle me dit qu’elle a l’impression qu’il reste un morceau de poche au niveau de la tête de bébé qui l’empêche de s’engager dans le bassin. Elle me propose donc de couper le morceau pour aider, j’accepte. Avant ça elle décide de laisser ses doigts lors de la prochaine contraction pour vérifier si ça travail bien, et là coup de chance, le dernier morceau de poche rompt tout seul ! La sage-femme me dit super contente qu’elle sent le bébé, la tête est enfin descendue, le bébé à des cheveux ! Maintenant qu’il est descendu, tout devrait aller beaucoup plus vite !

La contraction suivante arrive, le cœur du bébé ralentit. La sage-femme est surprise, elle me demande de me mettre sur le côté, peut-être que le bébé n’aime pas sa nouvelle position. Nouvelle contraction, sa ralentit encore. Elle appelle un gyneco en urgence pour qu’il vienne donner son avis. Il arrive très vite et m’examine, tjr à 4, une contraction, le cœur ralentit encore.

Il se retourne vers la sage-femme et lui dit « Préparer le bloc ». Je me retourne vers mon conjoint et lache un « je te l’avais dit… » du bou des lèvres. Lui ne comprends pas. Le gyneco m’explique rapidement, le cœur du bébé ralentit à chaque contraction et mon col ne se dilate pas suffisamment vite, on est obligé de faire une césarienne en urgence. Il continue de nous expliquer que le brancard est déjà là prêt à m’emmener. On me met dessus et on va direction le bloc en courant, je vois mon homme qui court complètement perdu derrière nous.

On s’arrête à l’entrée du bloc « Papa on fait un dernier bisou rapide maintenant !! ». Un petit smack et je lui dit droit dans les yeux « tu t’occupes du bébé et ne le lâche surtout pas promet le moi ! » « Promis ».

J’entre dans le bloc, on me pose un tas de question tout en m’installant sur la table d’opération « votre taille ? poids ? allergie ? … ». Finalement on me dit « Souhaitez-vous connaitre le sexe dès que le bébé est là ou vous attendez de retrouver papa ? ». J’ai réfléchit rapidement et répondu « Je veux savoir !! ». 9 mois que j’attendais, des heures que je sentais ce moment terrible arriver. J’avais besoin de savoir au moins, un peu de réconfort…

La césarienne commence et à mon grand étonnement je sens qu’on m’ouvre le ventre, je sens une main qui entre dans mon ventre et qui tire. Tout est extrêmement douloureux ! Je crie « JE SENS TOUT !!! ». J’entends le chirurgien dire « ON ARRÊTE TOUT ! Qu’est-ce que vous sentez madame ?!! » Je lui explique ce que je sens, la douleur et il répond « il faut lui remettre une dose ! »

D’un seul coup j’entends au loin « madame… C’est une fille… ». Je ne comprends pas, qu’est-ce qu’il se passe ? Ou suis-je ? « Vous vous êtes endormi… elle est née… vous avez une fille… vous l’appelez comment ? »

Il m’a fallu un moment pour comprendre, j’étais complètement ailleurs. Je n’ai pas supporté la dose d’anesthésiant supplémentaire qui m’a complètement endormi. J’ai raté la naissance…

Notre fille est née le 10 Janvier 2017 à 14h55. Papa n’était pas là, maman dormait.

Je me souviens d’une tête floue avec deux grosses billes noir qui me regardait. Je me souviens avoir fait des bisous sur des joues bien potelés. Les sages-femmes qui me disent qu’elle est magnifique et qu’elle ne portera pas de taille naissance. Qu’elle a beaucoup de cheveux. Je vois flou, je la vois très mal… Elle a les yeux bleus il parait. Que je me suis endormit juste 5 minutes et je les entends rire « vous ne devez pas souvent boire de l’alcool ».

Je me réveille une seconde fois, je ne comprends plus rien. Ou suis-je ? J’ai rêvé ? Mon bébé est né ? J’ai une fille ? Une infirmière arrive et m’explique que je suis en salle de réveil, que j’ai une fille et que je la retrouverais quand je serais bien réveillée et que je pourrais bouger mes jambes. Je lui de demande si ma fille va bien ? Le papa ? Est-ce que je peux la voir ? Est-ce qu’elle a des cheveux ? Elle pèse cb ? Elle mesure cb ? Bref je pose plein de questions, elle me coupe et répond simplement « je n’en sais rien et je ne peux pas vous la ramener ! Vous croyez quoi ? vous êtes en salle de réveil ici j’ai d’autres patients qui m’attende je n’ai pas que ça à faire d’aller poser des questions pour vous. Vous la verrez tout à l’heure et vous pourrez poser toutes vos questions aux sages-femmes ». J’ai pleuré dans mon lit et lutté de toutes mes forces pour ne pas me rendormir. Je ne sais pas combien de temps il s’est passé mais j’ai fini par bouger mes jambes et j’ai eu l’accord pour monter dans ma chambre.

Le brancardier m’emmène dans ma chambre, je m’attendais à voir ma fille et son papa. Chambre vide, j’ai envie de crier… J’attends un bon moment et enfin la porte s’ouvre, mon homme arrive les bras chargés de valise. On nous a changé de service je n’ai plus la même chambre. Une auxiliaire à ma fille dans les bras et me la donne pour la mise au sein.

Elle était née depuis 3h et mourrait de faim. Elle a pris le sein difficilement mais nous avons réussis. Petit pincement au cœur, je n’ai pas fait la tétée d’accueil que j’attendais…

Quand elle est née, ils l’auraient emmené tout de suite faire les soins puis l’on donné à papa pour faire du peau à peau. « Voilà votre fille, elle va très bien ! » « C’est une fille ?! » « Ah oui c’est vrai vous ne saviez pas le sexe… ». J’ai été attristé de savoir qu’il avait appris le sexe comme ça. Je n’ai aucune photo de ma fille à la naissance, personne n’a proposé au Papa de le prendre avec sa fille et lui était tellement stressé et perdu qu’il n’a pas pensé. Il a pleuré en voyant sa fille et en se demandant comment j’allais. Il demandait sans arrêt des nouvelles et on lui répondait « votre femme va bien ».

Le séjour de 4 jours dans le service fut tout aussi horrible. Pour faire court je n’ai eu aucun soin de ma cicatrice, c’est mon conjoint qui s’en est chargé. Sage-femme et auxiliaire qui oubliait tout ce qu’on pouvait demander… Infirmière qui me parlait très mal. Aide pour la mise en place de l’allaitement absolument nul ! On nous a donné un carnet de santé à moitié vide, il manque énormément d’informations dessus ! J’ai passé 4 jours à pleurer, Papa aussi, il avait interdiction de rester le soir mais voyait bien que je vivais un enfer. Il culpabilisait de nous laisser.

Nous sommes finalement rentrés à la maison à la fin de la semaine. Il faisait super froid, il avait neigé, je suis sorti de l’hôpital avec un soulagement énorme. La fin de mon cauchemar. ”

Déborah, maman depuis 10 mois

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